Remise des Mélanges en l'honneur de Jean-Paul COSTA

Allocution de Jean-Louis DEBRÉ, Président du Conseil constitutionnel, 9 juin 2011

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Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Hautes personnalités,

Chers amis,

Nous sommes réunis autour de Jean-Paul COSTA pour lui dire notre amitié et notre estime. Je suis particulièrement heureux d'être, en cette occasion, le porte parole de la foule de ses admirateurs réunie ce soir au Palais Royal.

Une foule nombreuse et d'une rare qualité. Avec des ministres, des présidents de cour suprême, des académiciens, des conseillers d'État et tant d'autres personnalités. Une foule comprenant une majorité de Français mais aussi des Belges, des Bulgares, des Serbes, des Luxembourgeois, des Ukrainiens···

Cette cérémonie nous rassemble au Palais royal car vous y êtes, Cher Jean-Paul COSTA triplement chez vous.

Bien sûr, d'abord, parce que vous avez été membre du Conseil d'État, notre voisin, avec lequel nous entretenons des relations si amicales et si fructueuses. Vous y êtes entré en 1966 et vous y avez fait une très belle carrière. Vous y avez notamment exercé les fonctions de rapporteur public et de président de sous-section.

En deuxième lieu, vous êtes ici chez vous pour des raisons non seulement professionnelles mais aussi familiales et amicales. Yves GUÉNA, votre beau-père, a présidé cette institution, avec l'autorité que chacun lui reconnait, de 2000 à 2004. Vous avez reçu vos insignes de Commandeur de l'ordre national de la légion d'honneur dans ces mêmes salons en 2005. Bref vous connaissez bien cette aile Montpensier.

En troisième lieu, cette maison est la votre car, comme la Cour européenne des droits de l'homme que vous présidez, le Conseil constitutionnel est la maison des droits et des libertés. L'organisation et le mode de saisine de nos deux institutions sont bien différents. Mais notre idéal est le même.

J'ai été particulièrement sensible aux contacts étroits que vous avez voulu nouer entre votre Cour et ce Conseil. Dès le vote de la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, vous avez discerné le progrès formidable qu'allait constituer la question prioritaire de constitutionnalité. Vous nous avez dit votre joie de voir la France enfin se doter d'un mécanisme national de cette nature.

Vous avez aussi vu la chance que la QPC représenterait pour votre Cour. Si la France y a été condamnée huit fois plus que l'Allemagne depuis dix ans, c'était aussi du fait du manque d'une procédure nationale de protection des droits fondamentaux. Ce manque et donc ces condamnations ont alimenté les critiques contre votre haute juridiction. Vous vous êtes donc, des l'origine, félicité de cette réforme. Vous avez relevé que le succès de la QPC allait bénéficier à votre Cour grâce à sa nécessaire intégration dans l'épuisement des voies internes lorsqu'est en cause la loi et pas seulement son application. Nous sommes heureux, avec nos amis des juridictions administratives et judiciaires, de constater quinze mois après son entrée en vigueur que votre pressentiment était le bon : la QPC est un beau succès au service des droits et libertés.

À ces trois titres, Cher Monsieur le Président, je me réjouis que vous ayez bien voulu que cette remise de Mélanges ait lieu ici au Conseil constitutionnel.

La remise de tels Mélanges est traditionnelle pour les meilleurs professeurs des universités. Elle est beaucoup plus rare pour d'autres juristes. Pour le Conseil d'État, vous rejoignez Guy BRAIBANT, Daniel LABETOULLE ou Bruno GENEVOIS honorés avant vous. Vous êtes là en belle compagnie.

Vos dédicataires sont au nombre exceptionnellement nombreux de soixante. On trouve là les plus belles plumes juridiques françaises et européennes, à commencer par celles de Jean-Marc SAUVÉ, Vincent LAMANDA et Jean-Louis NADAL.

La variété des sujets impressionne. On peut lire, dans ces Mélanges, des articles sur la globalisation du droit ou sur l'indivisibilité de la République, sur la torture ou sur l'esclavage, sur la présomption d'innocence ou sur l'impartialité···

Une telle somme est à votre image. Multiple et plurielle. Généreuse et attentive. Et d'abord et avant tout tournée vers les autres.

Quand vous étiez à l'ENA, dans la promotion « Montesquieu », la bien nommée vous concernant, on vous avait demandé : Quel serait le poste auquel vous rêveriez d'accéder dans votre carrière ? Vous aviez répondu « Secrétaire général adjoint de l'ONU ».

Nous savons tous avec Jean GIRAUDOUX que « Servir est la devise de ceux qui aiment commander ». Vous savez faire les deux. Vous l'avez montré tout au long de votre magnifique carrière. De la CADA à l'UNESCO à Rome. Du Conseil d'État à la Cour de Strasbourg.

Parmi tous ces défis, le plus simple à relever n'a surement pas été de devenir le second Français à présider la Cour européenne des droits de l'homme après René CASSIN. Vous y êtes parvenu avec brio. Nous sommes unanimes à pouvoir vous dire, ce soir, que c'est là un accomplissement qui vaut bien de ne pas avoir été numéro deux de l'ONU !

Avant de vous remettre ces Mélanges, j'ai deux messages personnels importants.

Le premier est à destination de Patrick TITIUN, votre exceptionnel chef de cabinet. Sa compétence et son dévouement sont sans limites. Sans les heures innombrables qu'il a passées à la réalisation de ces Mélanges, ceux-ci n'auraient pas vu le jour.

Le second est pour votre famille : votre femme Brigitte, vos cinq enfants et tous les vôtres présents ce soir. Je sais l'importance qu'ils ont pour vous. Votre réussite est aussi là leur.

Monsieur le Président, Cher Jean-Paul COSTA,

Je suis heureux de vous remettre au nom de tous vos amis ici présents ces Mélanges en votre honneur. Je vous remercie.